
Il y a des rencontres qui vous font aimer un pays et d’autres qui peuvent vous en laisser un souvenir amer. A Mopti, les deux catégories se rencontrent. Surtout la deuxième. Les faux guides et les piroguiers vous assaillent dés vos premiers pas aussitôt la porte de la ville franchit. C’est agaçant ! Dans la première catégorie, je signalerait la disponibilité et la gentillesse du personnel de l’OMATHO (Office Malien du tourisme et de l’hôtellerie) qui n’hésite pas à ouvrir leurs bureaux uniquement pour vous un dimanche ou pendant leurs heures de pause au déjeuner afin de répondre à nos attentes et nous conseiller.
Après Djenné l’ensorceleuse, nous avons visité Mopti, appelé aussi la « Venise Malienne ». Constituée d’un ensemble d’îlots reliés par des canaux, Mopti baigne dans l’eau au confluent du Bani et du Niger. Hors en cette saison tous les canaux sont à sec. C’est sans doute à cause de cela que le souvenir qui m’en reste n’est pas impérissable, malgré la beauté des berges du Niger. Mais comment peut il en être autrement alors que je suis encore sous l’effet de la magie de Djenné.
Après Mopti, nous sommes partie au pays Dogon. Et là c’est une véritable aventure qui commence. Après avoir longtemps hésité, nous sommes avons décidé avec Virginie, sur les conseils des différentes personnes consultées, de faire le Pays Dogon en vélo et sans guide. Et surtout de le visiter autrement. C'est-à-dire loin des villages touristiques de la falaise et de la plaine que sont Sangha, Banani, etc..Nous avons opté pour les villages du plateau. De Kori-Kori à Patouguy, 205 Km d’images formidables, de rencontres extraordinaires mais aussi de galères.
Le site de Kori-Kori, les greniers de Koundiala, le village de Kemdié, les Toguras de Tassimbé et le paysage de Dembéré ou encore l’entrée dans la ville de Douentza sont des photos imprimées dans ma mémoire. Plus important que ces clichés sont les rencontres faites dans ce pays. Timbery à Bandiagara, le Chef de village de Koundiala, Hogomono à Douentza et surtout l’émouvant conseiller du chef de village de Patouguy. Cette rencontre de quelques minutes m’a fait monter les larmes aux yeux que j’ai du contenir et des trémolos dans la voix. Cet homme au comportement paternel, nous a fait promettre de ne pas faire du vélo entre Hombori et Gao. « Vous avez bien compris » nous disait-il, « C’est trop dangereux ; il ne faut pas le faire ». Alors nous avons promis. Nous avons pris un bus pour cette partie de la route. Personnage très attachant. Dernière rencontre, moins émouvante mais très importante fut celle d'un berger qui nous a permis de sortir d'un mauvais pas. L'évènement se situe entre Dembéré et Douentza. Il est 15h lorsque nous quittons Dembéré. Il reste 20 Km pour atteindre Douentza et environ 7l d'eau. Nous nous voyons déjà à Douentza avant 18h devant une bière bien fraîche. Erreur ! Grosse erreur ! A 18h30, après 3 crevaisons et une piste en cailloux impraticable, nous n'avons parcouru que 4 Km. De plus, nous n'avons quasiment plus d'eau. Pas de puits à l'horizon. La nuit tombe. On doit s'arrêter. Le vent est chaud. Je suis inquiet ! Nous savons que le demi litre d'eau qui nous reste ne suffira pas pour rallier le prochain village de la piste. Difficile de dormir avec cette chaleur. Habituellement les nuits sont fraîches en pays Dogons. Mais pas cette nuit là. Au contraire. Le vent chaud me fait transpirer ! Même sans rien faire. Je me sens déshydraté. C'est une sensation horrible. Les moments où j'arrive à dormir, mes rêves sont peuplés de boissons glacées. Ca laisse encore plus un goût amer lorsqu'au réveil la réalité est là. A 5h00, au levé du soleil, avant que la journée ne soit trop chaude, nous convenons avec Virginie, qu’il vaut que je retourne à pied au village précédent pour aller emplir notre gourde de 10l. Au moment de partir, arrive un homme sorti de on ne sait où. Il devine notre détresse. Il nous donne le seul et unique litre d’eau qu’il possède. On ne parle pas la même langue mais il sait que j’ai besoin de plus d’eau que ça. Il me fait comprendre par des gestes de suivre le troupeau de vache qui passe un peu plus. « Elles partent se désaltérer » me dit-il par un mouvement de la main qu’il mène à la bouche ! Je ne sais ni son nom ni d’où il vient ni où il est parti. Il a juste été là 5 mn ! Un croisement divin. J’ai suivi le troupeau. 1h plus tard, j’étais dans un village Dogon perdu dans la montagne. J’ai pu me désaltérer à grande gorgée et surtout remplir ma gourde. 40 minutes plus tard je suis de retour à notre bivouac, c’est au tour de Virginie de pouvoir se réhydrater. Nous pouvons repartir. Il nous tout de même fallu encore trois heures pour faire les 16 derniers kilomètres qui nous séparaient de Douentza ! Ce fut encore une épreuve ! J’avais l’impression que les éléments se révoltaient contre nous ! Quand ce n’était pas des cailloux, c’était le sable qui nous freinait ! Je suis en colère, je crie, je peste ! Je suis sur le point de craquer. J’insulte le vent, le soleil, le sable et les cailloux ! « Non ! Vous ne me ferez pas craquer, vous n’êtes que des e… » ! J’arriverai à Douentza ! Et on y est arrivé. Quelle victoire !! Je la savoure encore et encore. Je partage ce bonheur avec cet inconnu et ces vaches. Merci !!! |